Le tramway de Montréal; folie de grandeur ou réel projet d’avenir?

SophieÉcrit par
Sophie Belzil,
Chroniqueuse

 

C’était au cours de l’été 2012. Alors en plein séjour chez nos cousins Français; je l’ai emprunté pour la première fois. Encore loin de mon amour pour cette discipline qu’est l’urbanisme j’avais pourtant été fascinée par un élément bien précis; les tramways de Bordeaux.

Je pense fermement que c’est à mon retour à Montréal et à la vue du ticket « TBT[1] » qui trainait au fond de mon porte-monnaie qu’une vision urbanistique s’est développée en moi. En effet, je me suis mise à me poser une multitude de questions par rapport aux villes; mais surtout par rapport à notre ville. Je m’interrogeais essentiellement sur les raisons pour lesquelles un tel moyen de transport ne pouvait zigzaguer dans nos rues comme il le faisait de manière si harmonieuse à Bordeaux. En tant que touriste, ce transport avait été d’un charme puisqu’il permettait une excellente vision des beautés de la ville, contrairement à son homologue, le métro.

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Crédit: stm.info

Urbanistes en devenir, l’histoire des tramways de Montréal n’apparaîtra pas comme la surprise du siècle. On se rappellera alors de l’apparition des premiers tramways électriques dans notre métropole vers la fin du 19e siècle. Moyen de transport populaire, quoique peu accessible aux classes inférieures, celui-ci atteint son apogée au début des années 20 avec un parcours s’étendant sur plus de 500 kilomètres. Les autobus, mais plus particulièrement les voitures, remplacèrent tranquillement les trams en matière de déplacement de surface et on assista graduellement à sa disparition avec la fermeture des dernières lignes, en 1959[2]

Ainsi, le retour d’une telle machine relève-t-elle d’utopie ou de réelle possibilité pour notre ville bien-aimée? Ayant toujours été une grande optimiste, j’ose croire que le réseau de tramways viendra un jour agrémenter l’expérience montréalaise. Cependant, l’implantation d’un nouveau mode de transport est un processus excessivement complexe demandant une planification des plus rigoureuses. De ce fait, de nombreuses bonnes idées en terme de tramway furent amenées, sans pour autant qu’on puisse voir le déploiement de réels chantiers.

Afin de bien se positionner sur ce débat, jetons un coup d’œil aux ébauches amenées depuis l’annonce de son possible retour ainsi qu’aux différentes positions par rapport à celui-ci.

Les amorces modernes concernant l’implantation du tramway, dans un contexte de réduction de la dépendance à l’automobile et de développement durable, débutèrent en 2000 alors que l’AMT publia un premier document à cet effet. De ces annonces de l’Agence s’en suivit de nombreux plans de transports énonçant le désir de la métropole de ramener un tel service. Le maire Tremblay, alors impressionné par le tramway de Paris, s’était même avancé à proclamer son retour pour 2010…

C’est, par contre, à partir de 2008 que les choses bougèrent réellement alors que la ville accorda un premier contrat d’un million de dollars au groupe Genivar-Systra dans l’optique de confirmer le réseau à adopter. Le tracé envisagé proposait alors 3 lignes; la boucle centre-ville/Vieux-Montréal, la ligne Côte-des-Neiges ainsi que la ligne Parc.

D’autre part, un second concept intéressant nous venait de l’analyste en transport, Réjean Benoit. De son coté, il imagina des lignes desservant plutôt l’est de la ville faisant, ainsi, office de maillage entre la ligne verte et la ligne bleue, tout en reliant ce réseau au boulevard Saint-Martin de Laval.

Dans le même ordre d’idées, n’oublions pas le fameux projet du 375e anniversaire de Montréal proposé par Richard Bergeron, ancien chef de Projet Montréal. Il y présentait alors un projet similaire à celui proposé par Gernivar-Sytra, mais en y remplaçant la ligne Parc par la ligne Saint-Laurent tout en ajoutant une ligne Mont-Royal/Masson vers l’est et une autre vers Pointe-Saint-Charles.

Inévitablement, tout sujet chaud attire des opinions diverses de la part des experts. Le retour du tramway ne fit alors pas exception à la règle. Du côté des opposants, on retrouve des arguments, le plus souvent, reliés aux coûts. En effet, Paul Lewis, professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, dénonce le manque d’intérêt du gouvernement du Québec pour le projet qui aurait pourtant besoin de son financement (on établit à 1 milliard de dollars les prix de la ligne Côte-des-Neiges). D’autant plus que des études expliquent que le tramway, moyen d’éliminer la dépendance à l’auto, attirerait plutôt des habitués des transports en commun plutôt que les automobilistes eux-mêmes[3].  D’autres encore, doutent de la capacité qu’aurait Montréal de réaliser autant de projets en simultanés (horizon d’espoir 2021 énonce la réalisation du pont Champlain, d’un SLR, de l’échangeur Turcot, du prolongement de la ligne bleue, etc.[4]).

Malgré ces quelques critiques, le tramway Montréalais apporterait aussi de nombreux avantages considérables que les fervents du projet s’empressent de nous rappeler. D’abord, on énonce, très souvent, l’atout que représenterait celui-ci en terme de tourisme. Par la ligne centre-ville/Vieux-Montréal, on offrirait un moyen de transport reliant directement tous les points d’intérêt de notre belle ville, en plus d’en faire un moyen de transport intéressant pour les gens d’affaires.

Par ailleurs, bien des métropoles, dont Montréal, pourraient prendre exemple et considérer le tramway comme une extension du métro optimisant la desserte en transport en commun. Sans compter que celui-ci aurait le pouvoir de relancer certaines rues commerciales en déclin («Hello la Main!»). On insiste également, bien souvent, sur l’importance de donner du choix à la population en terme de mobilité si on veut que celle-ci s’y intéresse réellement. À cet effet, Réjean Benoit utilise l’exemple plus concret de la ville de Lyon en expliquant que le tramway est un transport qui est véritablement attrayant pour la population :

«Les grandes villes font cela : elles ne mettent pas tout leur argent dans leur métro, elles font de petits tronçons là où c’est vraiment utile, et après, c’est le tramway. Lyon a augmenté l’achalandage [des transports en commun] de 69% depuis 2001 alors qu’à Montréal, on parle de 18%[5]

 De mon coté, je considère que notre ville à trop à offrir pour qu’elle délaisse un mode de transport qui rayonne partout à travers la planète. Que l’on parle du majestueux Mont-Royal, du cachet à l’européenne de notre vieille ville, du moderne et branché Quartier des spectacles et j’en passe, cette ville est trop intéressante pour qu’on se résigne à laisser nos visiteurs sous terre. Avec l’arrivée prochaine du nouveau métro Azur, vanté comme étant possiblement le plus performant du monde, on ne peut que s’attendre qu’à la fine pointe de la technologie, en plus de rêver d’un système de transport des plus performants. N’oublions pas non plus que Bombardier, entreprise québécoise et chef de file en matière de production de tramway dans le monde, situe justement ses bureaux-chefs à Montréal…

En somme, je pense posséder une certaine « folie des grandeurs » à la Jean Drapeau car j’imaginerais même une ligne additionnelle aux tracés proposés. Il s’agirait d’une ligne de tramway suspendue passant par-dessus le Mont-Royal. Complètement dingue n’est-ce pas ? N’empêche que l’histoire nous prouve que c’est en étant un peu dingue qu’on réalise de grandes choses.

Alors, urbanistes de demain, le retour du tramway à Montréal vous apparait-il comme un projet d’avenir?

 

 

 

[1]En référence à « Tram et bus de la Cab », nom de la compagnie de Transport en commun de la ville de Bordeaux.

[2]https://www.stm.info/fr/a-propos/decouvrez-la-STM-et-son-histoire/histoire/histoire-des-tramways

[3]Paul Lewis dans « Le retour du tramway à Montréal est improbable »

 

[4]http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/transport_fr/media/documents/Note_technique2_Scenario_croissance.pdf

[5]http://journalmetro.com/actualites/montreal/716306/le-tramway-pret-a-faire-son-retour-a-montreal-avance-un-expert/