L’inspection du cadre bâti, une boîte de chocolat!

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Écrit par
Joëlle Ouellette,
Chroniqueuse

 

L’article qui suit traite de l’expérience du métier relié à nos études, soit l’inspection municipale du cadre bâti.

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Cadre religieux du Plateau Mont-Royal, Par Joëlle Ouellette (2015)

L’inspection, il y en a de toutes les sortes : sécurité au travail, salubrité alimentaire, préachat… Et il y a aussi l’inspection municipale.

Nous, urbanistes ou futurs urbanistes, voyons les villes se construire, et nous entrevoyons un idéal à atteindre pour leur développement. Pour ainsi dire, nous créons des balises communes pour parvenir à un développement sensé et organisé. C’est ainsi que se sont développés plusieurs outils de gestion municipale, dont les règlements d’urbanisme, bien connus dans l’organisme vivant qu’est une ville.

Évidemment, ces règlements, qui visent des objectifs précis et distincts, doivent être respectés :

« Le règlement d’urbanisme ne vaut rien sans le contrôle. »[1]

Et ce contrôle, c’est l’inspection municipale. C’est par cette division de l’urbanisme que la vision peut être inculquée à la ville et à ses citoyens qui contribuent à son développement.

Il va sans dire que l’inspection municipale est variée en tant que telle, d’autant plus que l’inspection du cadre bâti comporte plusieurs facettes à elle seule :

« […] les tâches principales des inspecteurs consistent à veiller à ce que les travaux de transformation à l’intérieur, comme à l’extérieur [mais aussi de construction et de démolition] respectent les règlements de la municipalité. »[2]

Ces inspecteurs du cadre bâti sont donc essentiels à l’application des règlements d’urbanisme et de plusieurs autres et ils contribuent largement au développement de leur municipalité :

« L’urbanisme de contrôle est le facteur clé pour le développement des villes. »[3]

En effet, si l’urbaniste vise un certain développement ou une croissance de la municipalité, il vise d’abord et avant tout l’amélioration des conditions de vie des citoyens et des habitants. Ceci est donc une seconde facette de l’inspection. Ainsi, outre l’application des règlements d’urbanisme, du Code national du bâtiment ou de tout autre règlement, les inspecteurs sont souvent confrontés à des situations inusitées et parfois à l’élargissement de leur rôle fonction :

« Par exemple, il existe des logements encombrés de fond en comble et donc, l’inspecteur doit non seulement faire son travail, mais aussi, jouer le rôle de travailleur social. Il est très important que le résidant se sente en confiance avec les agissements de l’inspecteur. »[4]

Prenons un exemple concret tiré de l’expérience vécue par l’inspectrice Michelle-Anne Storey :

« Une fois, j’ai rencontré un homme qui avait un problème de toxicomanie et qui était, à l’époque, dans un programme de réinsertion après avoir vécu dans la rue pendant un certain temps. [Quand je l’ai rencontré], son nouveau logement était crasseux. [Au cours de mes interventions] je me demandais souvent s’il réalisait à quel point sa vie avait dégénéré, en raison de ses priorités tordues. Qui sait ce qui l’a amené à ce point! [Étrangement] mon seul moyen de le garder dans son logement [et de l’inciter à le garder propre] était de le menacer d’une évacuation. Et ça a marché! Pendant un bon moment, j’ai dû continuer à le suivre une fois par semaine pour m’assurer qu’il était conforme aux Règlements de salubrité. Ce fut une petite victoire! »[5]

De cette manière, l’homme en question a pu se reprendre en main grâce à l’inspectrice qui l’a accompagné. De plus, le propriétaire sait désormais comment agir ou réagir par rapport à une telle situation. Les deux pourront ensuite conseiller un autre citoyen qui est aux prises avec le même problème et voilà, c’est le phénomène Boule de neige! Grâce à cette seule intervention, plusieurs cas se régleront d’eux-mêmes, par l’information véhiculée par des citoyens plus avertis. Nous observons alors une amélioration des conditions de vie et enfin, le développement tant attendu de la municipalité.

Ceci dit, il est maintenant clair que ce métier forge le caractère de celui qui le pratique. En effet, ce travail est l’un des plus complets, selon moi, au niveau du développement personnel. Il permet d’apprendre sur nos limites, à s’affirmer, mais surtout à interagir professionnellement avec les citoyens :

« Il faut arriver à développer une approche conciliante etattentive, mais aussi ferme et parfois même autoritaire. »[6]

Il y a aussi le développement d’une méthode de travail propre à chacun et correspondant aux besoins de l’inspection. Cependant, il y a une seule prérogative à ce métier :

« Il faut toujours sortir. Il faut sortir tous les jours. Un inspecteur qui ne sort pas ne fait pas son travail comme il le faut. »[7]

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Porte de garage embellie par un citoyen du Plateau Mont-Royal, Par Joëlle Ouellette (2015)

En bref, l’inspection municipale du cadre bâti est un travail de terrain, qui nécessite non seulement « […] une bonne connaissance du territoire, des règlements et de tout ce qui s’y rattache […], mais surtout avoir une grande ouverture d’esprit et du sang froid lorsqu’on rencontre les citoyens. »[8] Pour ma part, je crois qu’un bon inspecteur se doit d’avoir une personnalité forte, une grande capacité d’adaptation facile face aux situations et un calme à toute épreuve :

« L’inspection c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi l’on va tomber. Il y autant de cas particuliers qu’il y a d’inspections à faire. Les tâches sont variées et les journées ne se ressemblent pas trop d’une à l’autre. Le temps se partage entre le travail de bureau et les inspections sur la route. C’est d’ailleurs cette diversité qui rend le [métier] intéressant. »[9]

 

[1]Raouf Benamara, Inspecteur en construction et aménagement urbain à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal
[2] Jonathan Malboeuf, Inspecteur en construction et aménagement urbain à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal
[3]RaoufBenamara, Inspecteur en construction et aménagement urbain à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal
[4] Jonathan Malboeuf, Inspecteur en construction et aménagement urbain à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal
[5] Michelle-Anne Storey, Inspectrice en construction et aménagement urbain à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal
[6]Étudiant stagiaire, Inspecteur en bâtiment à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal
[7]Nicolas Ouellet, Inspecteur en construction et aménagement urbain à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal
[8] Agathe Grondin-Côté, Inspectrice en bâtiment à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal
[9] Étudiant stagiaire, Inspecteur en bâtiment à l’arrondissement du Plateau Mont-Royal